VILLE DE ROUEN
CONSEIL MUNICIPAL
SEANCE DU 3 AVRIL 2025
DELIBERATION DU CONSEIL MUNICIPAL
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8 PROTECTION AU TITRE DES MONUMENTS HISTORIQUES DE L’HOTEL DE VILLE ET DE LA HALLE AUX TOILES
MESDAMES, MESSIEURS,
En 2019, les équipes de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (D. R. A. C. ) de Normandie se sont rapprochées de la Ville de Rouen pour identifier les éléments patrimoniaux des années 1950-1960 susceptibles de faire l’objet d’une protection au titre des monuments historiques. L’étude attentive des éléments remarquables de la Reconstruction a d’ailleurs conduit en 2024 à l’attribution du label « Architecture contemporaine remarquable » à trois ouvrages construits sur la rive gauche de Rouen entre 1949 et 1965 (ancien centre social du boulevard d’Orléans, église Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, ancien ISAI des docks).
Mais un pan de ce patrimoine a aussitôt fait l’objet d’une attention particulière de la part de la Ville de Rouen et de la D. R. A. C. de Normandie : le mobilier signé Maxime OLD de la Halle aux Toiles (1960-1962) et les décors de l’Hôtel de Ville de Rouen (années 1960).
C’est en effet à Rouen qu’il reste le plus de témoignages de ce grand décorateur, élève de RUHLMANN, connu notamment pour avoir aménagé les salles des premières classes du France. Bien consciente du rôle éminent joué par OLD dans le renouveau artistique de l’après-guerre, la Réunion des Musées Métropolitains lui consacrera ainsi une exposition au Musée des Beaux-Arts, du 28 juin 2025 au 5 janvier 2026.
La Halle aux Toiles : l’édifice, ses décors et son mobilier, emblématiques de la Reconstruction
En 2024, une étude conduite par la D. R. A. C. , conjointement avec la Conservation des Antiquités et Objets d’Art (C. A. O. A. ) de la Seine-Maritime, en collaboration étroite avec M. Patrice PUSATERI et Mme Paule VALLA, a permis de reconnaître plus largement l’intérêt majeur de la Halle aux Toiles en tant qu’œuvre d’art globale, conçue comme un ensemble cohérent, au-delà du rôle joué par Maxime OLD dans son ameublement.
En effet, la Halle aux Toiles, réédifiée à partir de 1958 par Henri JULIEN et Raymond BARBÉ, et inaugurée en 1961, est le témoin exceptionnel d’une politique de reconstruction de grand prestige qui fit l’objet d’un programme artistique bien documenté. Son aménagement a mobilisé de nombreux artistes et artisans : Léon TOUBLANC, Roger TOLMER, Robert SAVARY, Jean-Paul DEMARCHI, Jean-Claude MAUGER, Jean LESAGE, René COLLAMARINI et Georges MIRIANON (lauréats d’un concours restreint, 1959-1960), ainsi que Robert COUTURIER (choisi sans concours), et Raymond SUBES (qui a conçu le garde-corps de l’escalier monumental). Seuls le mur Nord et la fierté Saint-Romain, vestiges de l’ancien bâtiment, sont déjà classés au titre des monuments historiques (par arrêté du 2 juillet 1941).
La D. R. A. C. de Normandie propose donc l’inscription de l’immeuble dans son intégralité, avec vœu de classement, en vue de la Commission Régionale du Patrimoine et de l’Architecture (C. R. P. A. ), 1ère section. Il en va de même pour ses décors et son mobilier, commandés en 1960. Ainsi, les éléments suivants sont proposés pour une inscription au titre des monuments historiques au titre objet (en vue de la C. R. P. A. 3e section), comme ensemble historique mobilier, avec vœu de classement, assorti d’une servitude de maintien dans les lieux :
Les luminaires : 11 appliques à 15 feux, 1 lustre à 18 feux, 2 appliques à 8 feux, 5 appliques à 5 feux.
Les meubles : 10 guéridons, 8 petites banquettes de la galerie du 1er étage, 8 grandes banquettes du fumoir, 3 fauteuils du foyer, 2 canapés du foyer, 2 tables basses à piètement en X, 4 chaises « confortables » provenant du grand salon.
Les œuvres peintes : 6 panneaux sur l’Histoire de Rouen ornant les linteaux de Georges MIRIANON, 6 panneaux intitulés « Vue de la ville de Rouen » de Robert SAVARY,Les fleurs de Robert Savary, une fresque allégorique de Léon TOUBLANC, 2 panneaux abstraits de Roger TOLMER.
Les œuvres sculptées :La danse de René COLLAMARINI,Jeanne d’Arc de Robert COUTURIER, 2 hauts reliefs abstraits de Jean-Pierre DEMARCHI, une fresque de céramique abstraite de Jean LESAGE et Jean-Claude MAUGER.
L’Hôtel de Ville : le mobilier « Maxime OLD »
L’Hôtel de Ville est marqué par l’empreinte de Maxime OLD, qui fut le maître d’œuvre du réaménagement de plusieurs espaces emblématiques, dans les années 1960 : les salles du Conseil et des commissions et la galerie du premier étage. Pour leur décoration, il fit appel à des artistes éminents comme Raoul Ubac pour les tapisseries de la galerie, ou Jean-Pierre DEMARCHI pour les reliefs en bronze de la salle du Conseil Municipal. OLD fait ici la démonstration de ses talents à la fois comme architecte d’intérieur, décorateur et designer.
La D. R. A. C. de Normandie propose donc une inscription au titre des monuments historiques des objets suivants (en vue de la C. R. P. A. , 3e section) :
Dans la petite salle des commissions (actuelle salle Olympe de Gouges) : une table de réunion.
Dans la grande salle des commissions (actuelle salle Denise Holstein) : une table de réunion.
Dans la galerie du 1er étage : un cadran d’horloge en latin brossé, 12 appliques murales en latin.
Dans l’ancienne antichambre du bureau du Maire (aujourd’hui, bureau polyvalent) : un secrétaire.
En supplément à cette demande d’inscription, la D. R. A. C. propose une inscription avec vœu de classement comme ensemble historique mobilier (article L. 622-1-1 du code du patrimoine) assorti d’une servitude de maintien dans les lieux pour les objets mobiliers de la salle du Conseil Municipal, qui appartiennent à un programme artistique monumental de grand prestige, dont la conservation dans son intégrité et sa cohérence présente un intérêt public au point de vue de l’histoire et de l’art : 47 chaises « conseil », un fauteuil vert, 4 bancs, 4 banquettes en cuir vert, 3 bureaux de secrétaires, 7 chaises « airborne », 4 tables « airborne », 21 tables « conseil », une vitrine, une console murale, une tribune sur podium, 6 ventaux de paravent métallique, un canapé à piètement en X.
L’Hôtel de Ville : les collections mobilières anciennes
La D. R. A. C. de Normandie, sur la base d’une étude menée sur l’ensemble du bâtiment et de ses collections mobilières, propose d’étendre la protection des objets de l’Hôtel de Ville au-delà des aménagements de Maxime Old. Elle a ainsi mis en évidence l’intérêt du mobilier commandé par la Ville de Rouen dans les années 1930, qui correspond à un ensemble de style Louis XV, et qui marque un état remarquable du réaménagement de l’édifice au moment de sa reconstruction après l’incendie de 1926.
La D. R. A. C. de Normandie propose donc une inscription au titre des monuments historiques des objets suivants (en vue de la C. R. P. A. , 3e section) :
Dans le bureau du maire : 3 consoles de style rocaille, 4 appliques murales à 5 feux, 1 lustre.
Dans la salle des mariages : 2 fauteuils aux anges, 1 fauteuil aux armes de la ville, 48 sièges type « salon des mariages », 8 appliques à 3 feux, 2 paires d’appliques à 2 feux, 3 lustres à 18 feux, 3 buffets, ainsi que les banquettes de la galerie, une allégorie des fiancés.
Dans le salon République (ancien salon Louis XVI) : 12 appliques murales, un lustre.
Dans le bureau des études : une armoire.
Statue de Pierre CORNEILLE par Jean-Pierre CORTOT (1822),
Statue de Jeanne d’Arc d’après Jean-Jacques FEUCHERE (1845),
Le mécanisme de l’horloge de Jean WAGNER neveu (1854).
Le cartel du bureau du Maire avec son support.
Les collections mobilières visées par ces propositions de protection, du XIXème siècle au temps de la Reconstruction, rendent compte du fonctionnement de ce lieu de prestige à travers l’histoire, et de la manière dont la municipalité s’est confrontée aux destructions et aux reconstructions successives (de l’incendie de 1926 aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale) dans son choix des standards esthétiques, entre historicisme et modernité.
L’Hôtel de Ville : l’édifice
Le bâtiment est, à ce jour, hétéroclite. Il est le résultat de plusieurs périodes de construction. Uniquement la façade et le pan de toiture donnant sur le jardin de l’Hôtel de Ville, demeurés authentiques et fidèles à l’état du XVIIIème siècle, ont été inscrits au titre des monuments historiques (par arrêté du 18 février 1948).
Pour autant, au vu de la qualité des interventions successives sur l’édifice, la D. R. A. C. propose une extension de la protection actuelle avec l’inscription au titre des monuments historiques comme immeuble (en vue de la C. R. P. A. , 1ère section) des éléments suivants :
A l’extérieur : toutes les façades et toitures, dont celles du pavillon annexe (abritant la salle du Conseil Municipal).
A l’intérieur : pour le rez-de-chaussée, la galerie, les espaces occupés par la Direction des Relations Citoyennes (service élections et réglementation, accueils spécialisés), le péristyle ; pour le premier étage, le bureau du maire et son ancienne antichambre (aujourd’hui, bureau polyvalent), l’ancien bureau du premier adjoint (aujourd’hui, bureau partagé Mission Qualité et Modernisation/Inspection Générale des Services/Direction des Transitions), les trois bureaux de l’aile nord donnant sur la place du Général de Gaulle, avec leur couloir et les espaces attenants (y compris les toilettes), la salle du conseil municipal, les salles des commissions, le vestibule (ou « hall ») de la salle du conseil municipal, la galerie, la salle des mariages, le salon République, le péristyle ; l’escalier d’honneur et ses paliers, l’escalier nord et ses paliers.
Cette proposition d’inscription se justifie par l’intérêt esthétique de la façade occidentale de l’Hôtel de Ville, remarquable par sa symétrie et son homogénéité apparente en dépit des transformations de l’état d’origine de l’ancien dortoir des moines, mais aussi par la qualité des réaménagements entrepris en réaction aux sinistres et aux traumatismes subis.
En supplément à cette demande d’inscription, la D. R. A. C. propose de formuler un vœu de classement pour la salle du conseil municipal (en tant qu’immeuble) étant donné l’intérêt et la qualité artistiques de cet aménagement d’exception dû à l’éminent designer Maxime Old. Ce niveau de protection supérieur permettra également de pouvoir solliciter une servitude de maintien dans les lieux pour les objets mobiliers qui s’y trouvent.
A l’heure actuelle, les parties non protégées de ces deux édifices, la Halle aux Toiles et l’Hôtel de Ville, se situent déjà dans le périmètre des abords de monuments historiques, en raison du classement du mur Nord de la Halle aux Toiles et la fierté Saint-Romain ainsi que de l’inscription de la façade est de l’Hôtel de Ville avec son pan de toiture. L’extension des protections n’engendrera donc pas de modification des règles d’urbanisme dans les secteurs concernés, et n’aura pas d’impact sur les projets engagés. En outre, la Ville de Rouen pourra bénéficier de subventions de l’État dans le cadre d’éventuels futurs travaux de restauration, tant pour les immeubles que pour les objets mobiliers.
J’ai donc l’honneur, Mesdames, Messieurs, de vous demander de bien vouloir donner un avis favorable aux protections suivantes :
- le classement au titre des monuments historiques de la Halle aux Toiles comme immeuble dans son intégralité,
- l’inscription au titre des monuments historiques avec vœu de classement de la collection mobilière de la Halle aux Toiles comme ensemble historique mobilier (suivant les dispositions définies à l’article L622-1-1 du code du patrimoine), assorti d’une création d’une servitude de maintien dans les lieux (suivant les dispositions définies à l’article L622-1-2 du code du patrimoine),
- l’inscription au titre des monuments historiques de l’Hôtel de Ville comme immeuble pour toutes les façades et toitures (y compris celles de l’annexe du conseil municipal) et les espaces intérieurs susmentionnés, ainsi que le classement comme immeuble de la salle du Conseil Municipal,
- l’inscription au titre des monuments historiques du mobilier « Maxime OLD » des salles des commissions, de l’ancienne antichambre du bureau du maire et de la galerie, et, pour les objets mobiliers de la salle du conseil municipal, un vœu de classement comme ensemble historique mobilier (suivant les dispositions définies à l’article L622-1-1 du code du patrimoine), assorti d’une création d’une servitude de maintien dans les lieux (suivant les dispositions définies à l’article L622-1-2 du code du patrimoine),
- l’inscription au titre des monuments historiques des objets de la collection mobilière datant des années 1930 (suivant les dispositions définies à l’article L622-1-1 du code du patrimoine),
- l’inscription au titre des monuments historiques de la statue de Pierre CORNEILLE par Jean-Pierre CORTOT (1822), de la statue de Jeanne d’Arc d’après Jean-Jacques FEUCHERE (1845), du mécanisme de l’horloge de Jean WAGNER neveu (1854), du cartel du bureau du Maire avec son support.
LE CONSEIL MUNICIPAL,
- Sur le rapport de Mme Christine de CINTRE, Conseillère Municipale déléguée.
VU :
- Le Code Général des Collectivités Territoriales et notamment son article L. 2121-29,
- Le Code du Patrimoine et notamment les articles L. 621-1 et suivants, L. 622-1 et suivants, le chapitre 2 du titre II.
CONSIDERANT :
- Que la Ville de Rouen est propriétaire de l’Hôtel de Ville, de la Halle aux Toiles et de leurs collections mobilières,
- Que la Ville de Rouen est engagée pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine de la Reconstruction,
- Que la protection de ces deux édifices et de leurs collections mobilières représente une réelle opportunité pour la préservation in situ de ces ensembles et pour leur reconnaissance.
- Que l’extension de la protection des édifices n’engendre pas de modification de la réglementation en matière d’urbanisme,
- Que ces protections auront un impact positif sur l’image de la Ville et son développement touristique.
APRES EN AVOIR DELIBERE :
- émet un avis favorable et consent aux propositions de protection au titre des monuments historiques soumises par la D. R. A. C. de Normandie, visant la Halle aux Toiles et l’Hôtel de Ville de Rouen dans les conditions susmentionnées.
Fait à Rouen, en l’Hôtel de Ville, les jour, mois et an susdits.
p. extrait conforme,
Le Maire de Rouen, suivent les signatures,
M. le Maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de cet acte, et informe qu’il peut faire l’objet d’un recours auprès du Tribunal Administratif de Rouen (53, avenue Gustave Flaubert 76000 Rouen cedex) dans un délai de deux mois à compter de sa publication et sa transmission aux services de l’État.
De même, en cas de recours ne nécessitant pas la présence d’un avocat, vous pourrez saisir le tribunal susmentionné par le site « Télérecours Citoyens » à l’adresse suivante :www. telerecours. fr, et ce en application de l’article R421-1 du Code de justice administrative.
